La Provence - 4/01/2008
Ce n’est pas le rush mais dès le 2 janvier au matin, des Provençaux ont commencé à retirer des dossiers en Préfecture
Virginie ne se fait "pas beaucoup d’illusion" sur la loi, en vigueur depuis le 1er janvier dernier, qui rend le droit au logement opposable. Mais dès hier matin, elle a quand même retiré un dossier " à tout hasard" à la préfecture des Bouches-du-Rhône : "Ma famille, recomposée, comprend quatre minots de 4, 6 et 5 ans, explique cette femme de 34 ans qui attend un nouvel enfant, je ne peux donc plus travailler et je n’ai que le RMI -1100 euros mensuels. Le salaire de mon mari fluctue puisqu’il fait de l’intérim. Nous avons fait une demande de HLM en 2005, mais nous avons été obligés de nous loger dans le privé : 800 euros mensuels pour un T3".
C’est un des paradoxes de notre société : faute de logements sociaux en nombre suffisants, les plus démunis d’entre nous sont contraints de se loger dans le secteur libre, et ils deviennent prisonniers de loyers qui excèdent leurs moyens. En Provence, les gens dans une situation analogue à celle de Virginie sont nombreux. Une étude de la Direction régionale de l’équipement et de l’Agence nationale de l’habitat estime à 109 700 le nombre de ménages "mal logés" dans le seul département des Bouches-du-Rhône.
Rien que pour Marseille, 22000 demandes de HLM émanant de Marseillais où d’habitants d’autres villes déficitaires en logement sociaux sont en souffrance. Toujours selon la DDE, il faudrait construire 10000 logements par an dans ce département, alors qu’en 2007 seront livrés seulement les 5924 HLM financés en 2006, essentiellement à Marseille.
Le mouvement d’intérêt constaté dans les préfectures de Provence n’a rien à voir avec celui de la région parisienne où des opérations médiatiques ont été orchestrées grâce aux associations de mal-logés. Mais, avec une vingtaine de personnes venues spontanément un 2 janvier à la préfecture de Marseille avant la fin de la trêve des confiseurs, et une trentaine le lendemain, un petit mouvement commence.
Idem à Avignon, où "5 ou 6 personnes sont venues le 2 janvier et 8 ou 9 le 3", selon la préfecture de Vaucluse. "Un ou deux retraits" seulement à Digne : "La crise du logement touche plutôt la zone urbaine du département", explique Mohamed Saadalah, chef de cabinet du préfet. Reste que le gouvernement a créé un espoir mesuré. Il lui reste à ne pas décevoir les plus démunis qui ne peuvent plus se payer de mots.
Thierry Noir
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